Behind the Poetry

Julie Trémouilhe

Mon p’tit bébé. Ça va d’aller, mon pt’tit bébé.
T’as le cœur piquant et les tripes en boules. Leurs pieds dansent sur la mine engloutie. Tu penses aux tunnels recroquevillés sur des kilomètres comme les tentacules d’un monstre sous-marin. Tu t’agites au milieu de leurs bras. Tu chantes dans une langue que tu ne connais pas. Ton souffle traverse les boyaux inondés. « Wa make ? », la sorcière te demande. Et toi t’es là, à attendre qu’on te choisisse pas. Tu pourrais décider de te tondre la tête, de faire un bébé toute seule. Tu pourrais te serrer dans les bras, te caresser la joue et te murmurer « mon p’tit bébé, ça va d’aller, mon p’tit bébé ».
Huit-cents mètres sous les goals, les mineurs devenus poissons creusent la terre. Tu pioches avec eux, tu cherches l’or noir. L’homme de papier que tu avais posé sur le piédestal. Assis sur le chevalement écroulé. Tu pourrais te photographier de l’intérieur, caresser les contours de fougères fossilisées sur les parois de ta peau. Tu pourrais t’accrocher à leurs tissus bleu et blanc, les laisser te crier que tu ne marcheras plus jamais seule. Les laisser te convaincre de traverser la tempête la tête haute. Mon p’tit bébé. Ça va d’aller, mon pt’tit bébé.
Y a des champs d’étançons dans tes tripes. De la poussière collée au mur, qui attend l’étincelle. Tu bats des ailes avec la foule. Ton sang fait le tour. Tu gueules. Parce que tu veux qu’on t’aime. C’est pas plus con. T’en peux plus que ça capote. Les mois sont des stades dépeuplés. Y a toute cette eau dans le sol. Qui balaye la sueur. Empêche les hommes de forer dans le noir. Une mer stagne sur le vieux monde pendant que le neuf pousse vers le ciel. La balle décrit un arc de cercle. Les têtes suivent sa trajectoire. Leur mouvement soulève des odeurs de friture et de bière plate. Tu donnes un morceau de chocolat à la sorcière pour quelle te foute la paix. Tu guettes le silence. Plus ça hurle, plus c’est calme. T’es sous l’eau mais tu frappes. Tu cours. Tu perds haleine. T’hésites un peu, à rester là, à planter d’autres barres dans ton bide pour colmater et sourire aux hommes tout petits. Sur le banc de touche. Tu reconnais ce qu’ils ont dans les yeux quand ça passe à côté. Tu pourrais renoncer aux rêves de géants. Tu pourrais faire taire la voix de cerveau qui dit « ça pue ». Tu pourrais rester les yeux ouverts dans l’obscurité de la tanière. Tu pourrais baliser encore les routes éboulées. Mais t’aurais l’air de quoi aux yeux de toi ?
Tu peins tes joues. Tu craches l’air. Tu chantes leurs noms. Tu brûles le drapeau blanc. Tu envoies le plus fort que tu peux l’amour étouffé. L’onde invisible rebondit sur l’herbe, traverse les chaussures dentées. Tu enjambes ton cœur effondré. Tu continues de marcher jusqu’au bout de la tempête. Mon p’tit bébé. Ça va d’aller, mon pt’tit bébé.

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