Behind the Poetry

Simon Vandenbulke

Dans mes forêts infinies, à l’heure où les étoiles s’effacent, où le ciel s’éclaire, allume mes rochers, colore mes arbres, mes rivières, j’entends le tonnerre rouler derrière l’horizon, et me reviennent en mémoire les bruits de pas, des bombes et des fusils… la folie des hommes qui dessinèrent à l’encre rouge une cicatrice éternelle sur ma peau aux contours d’une Europe devenue folle.

J’entends à nouveau les complaintes des soldats qui se débattent dans les plis de mon long manteau blanc, et je me remets à rêver d’Europe.

J’écoute les prières confuses des combattants perdus, arrachés de leur terre par la velléité de frontières, et je me remets à rêver d’Europe.

Je vois mes bâtiments brûler, tomber les uns après les autres, disparaître dans d’effroyables nuages de fumée charbonneuse, et je me remets à rêver d’Europe.

Je me remets à rêver d’Europe, car je n’ai que trop bien connu les conflits guerriers et les incendies ravageurs qui ont déposé dans le creux de mon âme le désir inextinguible d’une nouvelle Europe.

Je me remets à rêver d’Europe, car j’ai vu Belges, Luxembourgeois, Allemands, Prussiens, Français arpenter mes rues pour commercer, marchander, échanger, danser et festoyer.

Je me remets à rêver d’Europe car j’ai vu les frontières évoluer, changer, se mouvoir et disparaitre.

Je me remets à rêver d’Europe car j’écoute tous les jours les langues se mélanger dans mes marchés et mes foyers.

Et, résiliente, je pense : « Aussi longtemps que je vivrai, l’Europe, à travers moi, vivra ! »

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